dimanche 14 avril 2013

Kathryn Gustafson : « La porte d’une ville d’une grande force »

Le portrait de Kathryn Gustafson est de la photographe Julie Harmsen
Vingt ans plus tard, la célèbre architecte paysagiste américaine Kathryn Gustafson, jointe par téléphone à Londres, redécouvre son œuvre qu’elle commente. Et en français s’il vous plaît.
 
Comment expliquez-vous que votre ouvrage, une référence dans l’urbanisme paysager, soit ignoré et même oublié des autorités ?
Les choses changent dans le temps. J’avais remporté l’appel d’offres en 1993 avec la DDE qui me demandait d’utiliser la plus grande quantité possible de terre extraite du tunnel de la L2. J’ai utilisé presque un million de mètres cubes de remblais pour modeler une entrée extraordinaire de Marseille. Quand on franchit le tunnel de l’Estaque, on passe dans un monde merveilleux. Cette zone très naturelle est tout à fait exceptionnelle. Il y avait toute une logique pour tous ces murs en gabions que j’ai dessinés et qui structurent l’espace, un peu comme des terrasses qui montent dans la colline en utilisant un équilibre en forme de fémur qui impose une progression. On va ainsi de l’infrastructure à la nature. Tous ses murs en gabions, nous les avons complètement dessinés en 3D. Et il y a vingt ans, la 3D, c’était une première. On a réalisé une maquette en argile puis en plâtre que nous avons scannée sur un logiciel qui nous donnait des informations très précises sur le site. Mais le projet des Pennes-Mirabeau n’a pas été réalisé exactement comme on le voulait au départ. Dans l’axe Nord-Sud, les mouvements de terre n’ont pas été construit correctement, cela devait coûter trop cher.

N’est-ce pas désolant de voir votre réalisation oubliée des administrations, ignorée des Marseillais, inachevée et au final dégradée, contemplée des seuls lapins ?

Des lapins sur le site ? Il y en a partout en France, il faut les manger ! (rires) Effectivement c’est un peu en ruines. L’oubli, c’est normal. C’était il y a vingt ans. C’est la première fois que je les revois [nous lui avions mailé des photos] avec du tagging dessus. C’est étonnant car c’est dur d’accéder au site. Je trouve les colonnes toujours très belles. C’est un site que les automobilistes voient en passant sans pouvoir s’y arrêter mais il n’y avait rien d’intentionnel à cacher l’ouvrage.

Dans ce vaste aménagement paysager de l’échangeur, que viennent dire ces singulières colonnes ?

C’est un objet culturel sur l’imperméabilisation de la terre, de l’eau qui retourne lentement, doucement dans le système naturel. Ces colonnes sont une représentation du volume visuel de l’eau égale à l’imperméabilisation que nous avons fait de la terre.
Je voulais que l’on voie sur les colonnes la marque des eaux pluviales collectées dans le bassin de rétention. Toutes les colonnes devaient être dans des graminées, des herbes qui bougent avec le vent avec la même fluidité que l’eau. Il devait y avoir une autre série de colonnes, des « bougies »  avec une petite éolienne qui alimente une lumière en haut. Elles n’ont jamais été réalisées. C’est toujours le problème des budgets de projets d’infrastructure. C’est dommage que cet ouvrage soit oublié et pas entretenu car on ne sait pas où il commence et où il s’arrête.
Si vous avez un moyen de restaurer cela, ce serait bien car mon but était de faire une porte d’entrée sculpturale de grande force de Marseille. Car Marseille est une ville qui a une force de vivre. Marseille, c’est une ville superbe, extraordinaire. J’y ai encore de très bons amis. J’ai songé à y vivre mais le mistral me faisait trop peur !
Entretien réalisé par D.C.

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